LE COACH, UN LEADER ?
par Sylvain BOULIANNE
Lorsqu’on m’a demandé d’écrire un article pour le bulletin Coach Québec de la Fédération Internationale des Coachs du Québec, j’ai d’abord refusé, étant déjà impliqué dans le communiqué mensuel « Le Coach et la Mouche ». De plus, la période ne me convenait pas tellement; comme pour plusieurs d’entre vous, la période forte est à nos pieds. Cependant, lorsqu’on m’a suggéré le sujet du leadership, j’ai choisi de profiter de cette opportunité afin d’exprimer ma vision sur la place qu’occupe le leadership dans une relation de coaching. Certes, vous ne serez pas tous en accord avec ma vision des choses, mais elle ne vous laissera pas indifférent. À vous de nous partager votre propre réflexion si le cœur vous en dit.
Commençons par nous entendre sur une définition du leadership. Nous considérons qu’il y a deux avenues différentes au leadership. D’abord celle qui touche la capacité de se prendre en main, de définir ses propres objectifs, d’établir un plan et d’accomplir les actions nécessaires à l’atteinte de ses objectifs. Nous pouvons parler ici de quelqu’un qui sait faire ce qu’il faut pour se réaliser; c’est avoir du leadership personnel. Nous disons cela d’un chercheur ou d’un professionnel qui est un leader dans son domaine, bien qu’il ne dirige aucune équipe.
En second lieu, nous retrouvons le leadership qui fait référence à « gérer (leader) une équipe, une entreprise ». Ce type de leadership fait appel à la notion d’exercer une influence sur les autres, afin qu’ils puissent prendre part à la réalisation des objectifs du leader ou de l’entreprise, auxquels ils adhèrent. Ceci implique qu’il y a des gens qui suivent et des gens qui attirent. Cette notion d’attraction est très importante lorsqu’on parle d’interaction entre des personnes pour réaliser un objectif commun. Il ne peut y avoir de leadership efficace si vous tentez d’exercer un leadership sur les autres sans posséder un leadership personnel fort.
J’entends plusieurs personnes dire qu’il faut être un bon leader pour être un bon coach. En tant que coach professionnel, nous sommes même souvent sollicités en lien avec une problématique symptomatique de lacunes de leadership en entreprise (influence sur les autres). Mon rôle de coach est d’apporter un reflet nouveau sur la réalité de mon coaché, afin de créer un changement en lui. Je n’ai cependant pas à l’influencer selon ma perspective de la réalité.
Mais que peut-on répondre à la question : « Est-il nécessaire de posséder un bon leadership d’influence pour exercer une pratique de coaching efficace ? » Je répondrais à cela que nous devons posséder un bon leadership de soi pour prendre un bon départ dans une pratique de coach, qui est une entreprise en soi. À ce propos, il importe de faire preuve de leadership, d’exercer une certaine influence chez notre client potentiel afin de faire naître une opportunité intéressante pour assurer un développement des affaires. Cependant, en ce qui concerne la relation de coaching avec un client, il faut savoir s’abstenir de ce pouvoir d’influence, ou du moins ne pas en abuser.
Utiliser à outrance un pouvoir d’influence dans une relation de coaching reviendrait à imposer votre vérité au coaché, alors que votre rôle est d’abord de créer en lui une réflexion sur ses propres croyances, afin de faire naître un changement habilitant. Un bon coach est conscient de la crédibilité que procure sa capacité de leader, mais il évite d’utiliser un fort pouvoir d’influence et s’assure que son coaché prend tout le pouvoir qui lui revient lors des séances et surtout dans sa vie. Un consultant, lui, peut et doit utiliser un pouvoir d’influence, car il est embauché et agit à titre d’expert. Sa perception et son expertise est d’ailleurs ce qu’il cherche à vendre. Coacher en cherchant à influencer risquerait de neutraliser le développement de l’estime de soi de notre client et le priverait de son pouvoir de créativité et d’autonomie, ce qui est l’essence du coaching. Une approche à base d’influences de type expertise serait selon moi le contraire d’un processus de coaching réussi.
À mon avis, il n’est pas nécessaire de posséder un niveau élevé de leadership pour réussir une séance de coaching. Il le sera cependant pour réussir votre pratique à long terme. Votre leadership sera un allié dans votre développement d’affaires, mais un handicap potentiel dans vos relations de coaching. Le leadership comme tel ne fait effectivement pas partie des 11 compétences valorisées par ICF.
En conclusion je vous laisse sur une réflexion concernant votre pratique : De quelle façon utilisez-vous votre leadership dans vos séances de coaching ? Qui possède quel pouvoir dans vos séances ? Quel genre d’influence le coach doit-il chercher à exercer ? Se pourrait-il que l’objet spécifique d’influence du coach consiste surtout à élargir la conscience de son client ? Prenez également le temps de réviser les 11 compétences essentielles du coaching selon l’ICF.
Bon coaching !
Sylvain Boulianne, PCC
Supervision Plus
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